Nettoyer une piste son en un clic, monter une interview à partir de son texte, cloner une voix, générer une vidéo à partir d’une phrase : l’IA touche tous les métiers de l’audiovisuel, mais pas de la même façon. Techniciens son, monteurs, cadreurs, chargés de production ou techniciens d’exploitation se demandent lesquels sont vraiment menacés.

Nous avons repris les cinq options du BTS Métiers de l’audiovisuel et regardé, pour chacune, ce que l’IA change déjà, ce qui reste humain et comment s’y préparer. Avec une précision importante : à ce jour, les études officielles n’ont pas encore démontré de baisse d’emploi due à l’IA dans ces métiers.

En bref

  • Environ deux professionnels de l’image animée sur trois ont déjà utilisé l’IA, et 28 % s’en servent chaque jour ou presque (baromètre CNC 2024).
  • Selon notre analyse, les options son et montage sont les plus exposées, surtout sur les tâches techniques répétitives et les postes d’assistant. La gestion de production l’est le moins.
  • Les études de l’Observatoire des métiers à l’heure de l’IA (CNC, Afdas, Audiens) n’ont pas encore mesuré de baisse d’emploi liée à l’IA.
  • Pour chaque option : ce qui change, ce qui reste humain, et les compétences à renforcer dès maintenant.

Le BTS Métiers de l’audiovisuel et ses cinq options

Le BTS Métiers de l’audiovisuel forme les techniciens du cinéma, de la télévision et de la vidéo. Il comporte cinq options, chacune inscrite au RNCP et tournée vers une famille de métiers.

Option Métiers visés Exposition à l’IA (notre analyse)
Métiers du son Opérateur de prise de son, monteur son, mixeur, régisseur son Forte en postproduction et voix, faible en prise de son
Métiers du montage et de la postproduction Monteur, assistant monteur, monteur truquiste Forte pour les tâches d’assistant, plus faible pour le récit
Métiers de l’image Cadreur, technicien de reportage, technicien lumière, puis étalonneur ou truquiste Moyenne : forte sur les effets visuels simples, faible au tournage
Techniques d’ingénierie et exploitation des équipements Technicien d’exploitation, de maintenance, ingénieur vision Moyenne : automatisation ancienne, nouveaux besoins techniques
Gestion de la production Assistant ou chargé de production, régisseur, responsable de plannings La plus faible : l’IA aide plus qu’elle ne remplace

Ce classement est notre analyse, à partir des outils disponibles en 2026 et des études citées plus bas. Il ne dit pas qu’un métier va disparaître : il indique où les tâches changent le plus vite.

Ce que disent vraiment les chiffres

  • L’IA est déjà largement utilisée. Selon le baromètre 2024 du CNC, cité par son président en octobre 2025, environ deux professionnels sur trois ont déjà utilisé l’IA, contre moins de la moitié un an plus tôt. 28 % l’utilisent chaque jour ou presque, et environ un tiers des projets examinés par la commission d’aide aux industries techniques y ont recours.
  • Pas de baisse d’emploi démontrée à ce stade. L’Observatoire des métiers à l’heure de l’IA, créé en mai 2025 par l’Afdas, Audiens et le CNC, étudie les métiers un par un. Pour les storyboarders, il ne constate aucun effet sur l’emploi. Pour les comédiens de doublage, l’activité recule, mais la note ne trouve pas de lien démontré avec l’IA : la cause probable est une baisse de la demande.
  • Un marché de l’emploi déjà sous tension. Le nombre de salariés intermittents du spectacle a baissé de 2,3 % en 2024, à 305 124 personnes (France Travail). Chez les prestataires techniques de l’audiovisuel, les intermittents ont reculé de 3 % entre 2022 et 2024, quand les permanents progressaient de 1 % (rapport de branche Ficam 2025).
  • Le CNC encadre l’usage de l’IA. Toute utilisation significative de l’IA devra être déclarée dans les demandes d’aide du CNC, avec une note d’intention si elle pèse sur l’œuvre.

Option son : la plus exposée, sur deux fronts

Ce qui change déjà. Les logiciels courants intègrent des fonctions qui demandaient hier un technicien : DaVinci Resolve 20 propose depuis avril 2025 un assistant qui équilibre et masterise automatiquement un mixage, ajuste des dialogues enregistrés dans des conditions différentes, supprime les silences ou transforme une voix. Le nettoyage d’une piste, la séparation de la voix et de la musique ou l’égalisation de base deviennent des opérations de quelques secondes.

Le cas de la voix. Le clonage de voix vise directement le doublage et la voix off. Les professionnels se mobilisent : la pétition #TouchePasMaVF, lancée en janvier 2024 par le SFA-CGT et l’association Les Voix, a dépassé 20 000 signatures en dix jours. En février 2026, huit comédiens de doublage ont mis en demeure deux services de clonage de voix.

Ce qui reste humain. La prise de son sur un tournage, le mixage en direct, l’oreille artistique, la direction d’acteurs et le travail de création sonore restent difficiles à automatiser.

À renforcer : maîtriser les outils d’IA audio plutôt que les subir, se positionner sur le direct, la création et la supervision de la qualité, connaître les règles sur l’utilisation de la voix d’une personne.

Option montage et postproduction : la porte d’entrée se resserre

Ce qui change déjà. Premiere Pro et DaVinci Resolve automatisent une grande partie des tâches d’assistant : recherche dans les rushes, transcription, synchronisation, sous-titres et traduction en plusieurs langues, prolongation d’un plan de quelques images, construction d’une première timeline à partir du script d’une interview.

Ce qui reste humain. Le récit : choisir, rythmer, couper au bon moment, faire ressentir quelque chose. C’est le cœur du métier de monteur, et l’IA en est encore loin.

Le vrai risque. Les tâches d’assistant monteur étaient la porte d’entrée dans le métier. Si elles s’automatisent, il devient plus difficile d’apprendre sur le tas. Les profils qui progressent vite vers la narration, l’étalonnage ou la supervision de postproduction s’en sortent le mieux.

À renforcer : l’écriture et la narration, les fonctions d’IA des logiciels de montage, la gestion des flux de postproduction.

Option image : un métier coupé en deux

Ce qui change déjà. Les effets visuels simples sont très exposés : détourage et rotoscopie assistés (Magic Mask dans DaVinci Resolve), agrandissement d’image, extension de décor. Les outils de génération vidéo produisent des images d’illustration et concurrencent une partie de la publicité et des contenus courts. Le marché reste toutefois instable : l’application Sora d’OpenAI, lancée en septembre 2025, a été arrêtée en mars 2026.

Ce qui reste humain. Le tournage : cadrer, éclairer, travailler avec une équipe et des comédiens, s’adapter au terrain. Un cadreur ou un chef opérateur reste indispensable dès qu’il faut filmer le réel.

À renforcer : l’étalonnage et le regard artistique, la connaissance des outils de génération pour les maîtriser plutôt que les subir, la capacité à mélanger images tournées et images générées.

Option techniques d’ingénierie et exploitation des équipements : l’automatisation, ce n’est pas nouveau

Ce qui change déjà. La diffusion est automatisée depuis longtemps, et l’IA s’y ajoute. Depuis novembre 2024, franceinfo sous-titre automatiquement par IA toute sa grille de 6 h 30 à minuit, avec un système développé en interne.

Ce qui reste humain. La maintenance, l’installation, le dépannage en direct et l’ingénierie restent physiques. L’IA crée même de nouveaux besoins : serveurs, réseaux, flux de travail à configurer et à surveiller.

À renforcer : les réseaux et l’informatique, la supervision de systèmes automatisés, le contrôle qualité des sous-titres et des contenus générés.

Option gestion de la production : la moins exposée, mais de nouvelles règles

Ce qui change. L’IA aide à dépouiller un scénario, préparer des plannings, rédiger des documents ou comparer des devis. Elle fait gagner du temps sans remplacer la personne qui organise, négocie et prend les décisions.

Ce qui devient nouveau. La conformité : déclarer l’usage de l’IA dans les demandes d’aide au CNC, recueillir les consentements des personnes dont la voix ou l’image est utilisée, et signaler les contenus concernés. Depuis le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act impose de signaler les « deepfakes ». Pour les œuvres manifestement artistiques ou de fiction, une mention adaptée, par exemple au générique, peut suffire.

À renforcer : les règles sur l’IA et les droits, les outils de gestion de projet, la maîtrise d’Excel et des outils d’IA pour les plannings et les budgets.

Ce qui se passe ailleurs : l’exemple d’Hollywood

En 2023, les acteurs américains ont fait grève notamment sur l’IA. L’accord signé avec les studios, ratifié en décembre 2023 par 78 % des votants, impose un consentement éclairé et une rémunération pour toute réplique numérique d’un acteur. En France, aucun accord collectif comparable sur l’IA n’a encore été signé dans l’audiovisuel.

Votre poste est-il exposé ? Faites le point

Répondez honnêtement à ces huit questions. Plus vous répondez « oui » aux quatre premières, plus votre poste repose sur des tâches que l’IA automatise déjà.

  1. L’essentiel de mon temps est consacré à des tâches techniques répétitives (nettoyage, synchronisation, dérushage, sous-titrage).
  2. Je travaille surtout en postproduction, rarement sur un tournage ou en direct.
  3. Une partie de mon activité repose sur ma voix ou sur des contenus courts d’illustration.
  4. On me confie des tâches précises sans me demander mon avis sur le résultat.
  5. J’utilise déjà les fonctions d’IA de mes logiciels et je sais juger leur résultat.
  6. Je participe à des choix artistiques ou narratifs.
  7. Je travaille régulièrement sur le terrain, en direct ou avec des équipes.
  8. Je connais les règles sur l’usage de l’IA, de la voix et de l’image des personnes.

Si vous vous reconnaissez surtout dans les quatre premières, c’est un signal : il est temps de renforcer la partie artistique, relationnelle ou de supervision de votre métier.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

  1. Apprenez les fonctions d’IA de vos logiciels (Premiere Pro, DaVinci Resolve, outils audio). Le technicien qui les maîtrise devient celui qui les supervise.
  2. Montez en gamme sur ce qui reste humain : narration, direction, direct, terrain, regard artistique.
  3. Diversifiez vos compétences : un technicien qui sait aussi gérer un projet, former des collègues ou produire pour les réseaux sociaux a plus de cordes à son arc.
  4. Connaissez vos droits : ne signez pas de clause autorisant l’utilisation de votre voix ou de votre image par une IA sans la comprendre.
  5. Suivez les études de l’Observatoire des métiers à l’heure de l’IA (CNC, Afdas, Audiens), qui publie des notes métier par métier.

Des compétences complémentaires, sans quitter son poste

Sieli ne propose pas de formation technique à l’audiovisuel, mais plusieurs de nos formations courtes complètent un profil de technicien :

Pour les salariés et intermittents du secteur, l’Afdas, l’opérateur de compétences de la culture et des médias, finance une partie des formations. Voir toutes les solutions pour financer votre formation.

Les autres métiers avec l’IA

Retrouvez toutes nos fiches, classées par secteur : comptable, assistant(e) de direction, chargé(e) de communication, RH, commercial, formateur, UX/UI designer.

Voir toutes les fiches « Les métiers avec l’IA » →

Et si vous changiez de métier ?

Le générateur de pistes métiers vous montre les métiers proches du vôtre, les passerelles possibles et les compétences à acquérir.

Essayer le générateur →

Questions fréquentes

Quelle option du BTS audiovisuel est la plus menacée par l’IA ?

Selon notre analyse, les options son et montage sont les plus exposées, surtout sur les tâches techniques de postproduction et les postes d’assistant. La gestion de la production l’est le moins. Mais aucune étude officielle n’a encore mesuré de baisse d’emploi due à l’IA dans ces métiers.

Faut-il encore choisir l’option son ?

Oui, à condition de viser ce qui reste humain : la prise de son, le direct, la création sonore, et de maîtriser les outils d’IA plutôt que de les subir.

L’IA va-t-elle remplacer les comédiens de doublage ?

Le clonage de voix est une menace réelle, et la profession se mobilise. Pour l’instant, l’Observatoire des métiers attribue le recul de l’activité à une baisse de la demande, pas à l’IA.

Doit-on signaler une vidéo générée par IA ?

Depuis le 2 août 2026, l’AI Act impose de signaler les « deepfakes », c’est-à-dire les images, sons ou vidéos réalistes générés ou modifiés par IA. Pour une œuvre artistique ou de fiction, l’obligation est allégée, mais elle existe.

Sources

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